Lorsqu’on lit dans des textes réglementaires « La mission de permanence des soins… a pour objet de répondre aux besoins de soins non programmés : 1° Tous les jours de 20 heures à 8 heures ; 2° Les dimanches et jours fériés… », on comprend aisément qu’il s’agit des urgences. Et on se demande pourquoi n’a-t-on pas tout simplement utilisé le mot « urgences » !
Les « soins non programmés » concernent des actes qui pourraient être programmés lorsqu’on pose leur indication après un examen et un diagnostic. Ils ne nécessitent pas obligatoirement une prise en charge dans l’urgence. Ils sont alors programmés suivant leur nature, les compétences nécessaires, les disponibilités sanitaires territoriales, etc.
Mais les pulpites, les abcès parodontaux, les cellulites, les accidents d’éruption, les traumatismes alvéolodentaires, les fractures de prothèses indispensables pour s’alimenter, etc., sont des urgences médicales bucco-dentaires qui nécessitent un traitement spécialisé immédiat. Leur prise en charge requiert une équipe dentaire et un plateau technique disponibles, capables de dégager du temps médical pour recevoir dans l’heure le patient.
Depuis des années, nous réclamons une nomenclature des actes urgents
En confondant les urgences bucco-dentaires avec cet ensemble mal délimité des « soins non programmés », les décideurs publics refusent de donner aux chirurgiens-dentistes les moyens de soulager les vraies urgences. Cette démission n’est pas récente. Depuis des années, nous réclamons une nomenclature des actes urgents2 . Aujourd’hui, cette carence se traduit purement et simplement par la sortie de ces actes du champ de l’Assurance maladie ! Ce sont surtout les plus vulnérables et les plus démunis de nos concitoyens qui paient — littéralement — le prix fort de cette démission3.
La formulation « SNP », qui tente de masquer les contraintes matérielles associées à tout traitement médical de l’urgence, ne convainc plus personne. Seul un engagement réaliste et courageux de l’Assurance maladie, prenant en compte le coût effectif des urgences bucco-dentaires, peut encore arrêter le mouvement. Autrement, c’est dans chaque ville que nous retrouverons bientôt des cabinets non conventionnés qui n’accueillent en urgence que ceux qui ont les moyens !
Marc Sabek, 1er vice-président
1. Confucius (551-479).
2. M. Sabek, Traumatismes des dents antérieures permanentes et prise en charge par l’assurance maladie; L’Information Dentaire n° 27 du 7 juillet 2010, p. 30-32.
3. A. Vallory, Après les centres low-cost, le high cost ; CDF MAG n° 2001 du 27 octobre 2022, p.1